Méthodes et outils du diagnostic territorial
Objectifs pédagogiques
- Comprendre les différentes méthodes du diagnostic territorial (quantitatives, qualitatives, participatives)
- Savoir exploiter efficacement des données publiques géolocalisées
- Pouvoir reproduire des méthodes d’enquêtes qualitatives et d’observation de terrain
- Apprendre à organiser un atelier de cartographie participative
Programme détaillé
Les méthodes et les outils du diagnostic territorial connaissent de profondes transformations du fait de la performance croissante des bases de données et des interfaces d’exploitation simplifiées mais aussi d’une nécessité de développer des dispositifs qualitatifs et participatifs complémentaires. Les professionnels doivent faire face à la fois le problème à l’abondance des données quantitatives et la remise en question de l’acceptabilité des diagnostics menés par des professionnels par les populations concernées.
La formation est fondée sur l’expérimentation concrète de différentes catégories d’outils autour d’une étude de cas co-construite avec les stagiaires permettant de saisir les intérêts, les limites et la complémentarité de chacune des approches méthodologiques.
Méthodes et outils quantitatifs à partir des bases de données publiques 3h
- Découverte des plateformes géoréférencées (Géoportail)
- Croisement avec les autres sources de données (INSEE)
- Réflexion sur les mailles territoriales, sur l’interopérabilité des données, sur les indicateurs
- Représentations synthétiques
- Construction d’hypothèses
Méthodes et outils qualitatifs lors de l’enquête sur le terrain 3h
- Enquête exploratoire sur le terrain
- Observations qualitatives, paysagères et sensibles
- Entretien semi-directifs
Diagnostic participatif et cartographie citoyenne 3h
- Atelier de cartographie participative
- Variété des outils de restitution
Jeux sérieux et projection territoriale des parties prenantes 3h
- Organisation d’un jeu sérieux autour d’un projet d’aménagement
- Discussion sur la mise en tension des parties prenantes autour d’orientation divergentes
- Réflexion sur les logiques de convergences possibles et des dispositifs d’adhésion
Public visé
La formation s’adresse à toute personne impliquée dans la réflexion du devenir des territoires qu’elle soit issue d’une administration publique, d’une entreprise privée ou du secteur associatif.
Prérequis
La formation s’adresse principalement à des personnes ayant un intérêt pour l’usage d’une diversité de méthodes. Les travaux statistiques ne nécessitent pas une maîtrise spécifique de logiciels ou de techniques de calculs. Les participants n’ont pas besoin de connaissances cartographiques préalables.
Approche pédagogique
Calculés à partir de 24 avis recueillis depuis 24/05/2016, lors de 6 sessions de cette formation.
Diagnostic territorial : choisir la maille, puis associer les habitants
Un diagnostic territorial repose sur deux choix que l’on fait souvent sans y penser : le découpage à travers lequel on regarde le territoire, et la place laissée à celles et ceux qui y vivent. Tous deux ont une histoire, et des pièges bien documentés.
Le piège de la maille
En 1934, deux statisticiens américains, Gehlke et Biehl, constatent que la corrélation entre deux variables mesurées sur des secteurs de recensement change selon le niveau auquel on regroupe ces secteurs. En 1979, le géographe britannique Stan Openshaw et Peter Taylor donnent au phénomène le nom de « problème de l’unité spatiale modifiable » : un même indicateur, calculé par commune, par intercommunalité ou par département, ne raconte pas la même histoire, et le seul tracé des limites peut faire apparaître ou disparaître une poche de pauvreté. D’où l’intérêt des données carroyées de l’Insee, diffusées sur des carreaux de 200 mètres de côté indépendants des limites administratives, et des zonages d’étude (aires d’attraction des villes, zones d’emploi, bassins de vie) construits à partir des déplacements domicile-travail ou de l’accès aux équipements plutôt que des frontières communales.
L’échelle de la participation d’Arnstein
En 1969, Sherry Arnstein, qui avait travaillé sur les programmes fédéraux américains de rénovation urbaine, publie « A Ladder of Citizen Participation ». Elle classe les dispositifs en huit échelons, de la manipulation au contrôle citoyen, regroupés en trois niveaux : la non-participation, la participation symbolique (information, consultation, conciliation) et le pouvoir effectif des habitants. Plus d’un demi-siècle plus tard, la grille sert toujours à se poser, avant d’organiser un atelier, une question simple : que deviendront les avis recueillis ?
Cartes participatives et jeux sérieux
La cartographie participative renverse le geste habituel : ce sont les habitants qui dessinent leurs trajets, les lieux qu’ils fréquentent ou qu’ils évitent, ce qu’aucune base de données ne contient. Dans les années 1990, des chercheurs ont parlé de « contre-cartographie » pour désigner les cartes produites par des communautés afin de faire valoir leurs usages face aux cartes officielles, à commencer par Nancy Peluso à propos des forêts indonésiennes (1995). Les jeux sérieux prolongent la démarche : en faisant endosser à chacun le rôle d’une partie prenante, ils rendent visibles les arbitrages d’un projet d’aménagement avant qu’ils ne tournent au conflit. Aucune de ces approches ne remplace les données publiques ; elles en révèlent les angles morts.
Pour les règles de représentation des données sur une carte, voir Cartographier ses données statistiques.