Analyse conjoncturelle du marché du travail
Objectifs pédagogiques
- Savoir utiliser des données conjoncturelles, plus particulièrement celles portant sur le marché du travail (emploi, chômage, salaires).
- Connaître les différents outils utilisés par les conjoncturistes et les indicateurs conjoncturels disponibles, en vue d’une analyse centrée sur le diagnostic conjoncturel du marché du travail.
Programme détaillé
La formation porte d’abord sur les différents outils utilisés par les conjoncturistes et fait un panorama des grandes familles d’indicateurs conjoncturels disponibles (enquêtes de conjoncture, indicateurs quantitatifs, comptes nationaux). L’accent est ensuite mis sur la description et l’analyse des différents indicateurs propres au marché du travail.
Outils élémentaires du conjoncturiste 1h30
- Nature des informations, nature des séries
- Les différents taux de croissance : intérêt et utilisation pratique, calculs des contributions
Panorama de l’information disponible pour le diagnostic conjoncturel 20 min
- Les sources statistiques d’informations conjoncturelles (comptes nationaux annuels et trimestriels, indicateurs quantitatifs, enquêtes de conjoncture)
- Les études et notes d’analyse : l’exemple des notes de conjoncture de l’Insee
Les enquêtes de conjoncture : le moral des agents 20 min
- Les enquêtes auprès des entreprises
- L’enquête auprès des ménages
- Utilisations de ces enquêtes : soldes, indicateurs synthétiques et de retournement, étalonnages
Panorama des indicateurs quantitatifs 20 min
- Les indicateurs quantitatifs les plus utilisés
- Les indicateurs composites
Les comptes nationaux 20 min
- Présentation, principes et méthodes
- Les comptes trimestriels : la nécessité d’une information infra-annuelle.
La conjoncture de l’emploi 1h30
- Le lien croissance / emploi concurrentiel : histoire, questions sur la productivité
- Présentation d’une équation d’emploi et lien avec les évaluations des effets des politiques de l’emploi
- Présentation d’un étalonnage
- Les autres composantes de l’emploi
Le chômage 45 min
- Évolution, concepts, sources. La population active et le bouclage emploi - chômage pour l’analyse et les prévisions
Les salaires 45 min
- Présentation des différentes sources.
- Modélisation d’une équation économétrique
Public visé
Chargés d’études, producteurs de statistiques, conjoncturistes
Prérequis
Être en mesure d’occuper un poste de chargé d’études : maîtrise des principales techniques statistiques.
Approche pédagogique
Calculés à partir de 7 avis recueillis depuis 11/10/2024, lors de 2 sessions de cette formation.
Conjoncture de l'emploi : de la loi d'Okun à l'énigme de la productivité
Pour prévoir l’emploi, le conjoncturiste part d’une relation simple : quand l’activité accélère, les entreprises embauchent, et le chômage recule. Depuis la crise sanitaire, cette relation s’est déréglée en France, au point d’obliger l’Insee à revoir ses diagnostics.
La loi d’Okun
En 1962, Arthur Okun, alors économiste au Council of Economic Advisers du président Kennedy, observe qu’aux États-Unis il faut environ trois points de croissance au-dessus du potentiel pour faire baisser le chômage d’un point ; les estimations récentes donnent plutôt un rapport de deux pour un. Ce n’est pas une loi au sens strict, mais une régularité, qui dépend des gains de productivité et de la dynamique de la population active. Les conjoncturistes la déclinent en équations d’emploi : l’emploi suit l’activité avec retard, car les entreprises ajustent leurs effectifs progressivement et conservent une partie de leur main-d’œuvre quand l’activité ralentit. Le premier semestre 2026 en offre une illustration : avec un PIB en recul de 0,2 % au premier trimestre puis stable au deuxième, le taux de chômage est passé de 8,1 % à 8,3 %, son plus haut niveau depuis 2020.
L’énigme de la productivité française
Entre 2019 et 2023, l’emploi a progressé bien plus vite que l’activité : une équation d’emploi estimée avant la crise aurait prévu beaucoup moins de créations de postes. Autrement dit, la productivité par tête a décroché de sa tendance d’avant-crise. Selon la dernière estimation de l’Insee (mai 2026), l’écart était de 4,6 points en 2023, et encore de 4,1 points fin 2025 : il ne s’est que partiellement résorbé. Les explications avancées sont multiples. L’essor de l’apprentissage compte pour 1,3 point sur le champ salarié, puisque les apprentis sont comptés en emploi alors que leur production est limitée ; viennent ensuite la progression des micro-entrepreneurs, la rétention de main-d’œuvre, la hausse des arrêts maladie et des effets propres à certaines branches. Pour le conjoncturiste, la leçon est méthodologique : un résidu qui persiste dans une équation n’est pas du bruit, c’est une question à instruire.
Les outils de base
Deux notions reviennent dans chaque diagnostic. L’acquis de croissance est la croissance annuelle qu’on obtiendrait si la variable restait, jusqu’à la fin de l’année, au niveau de son dernier trimestre connu : il évite de lire une moyenne annuelle comme une dynamique en cours. Les enquêtes de conjoncture auprès des entreprises et des ménages livrent des soldes d’opinion, synthétisés en indicateurs comme le climat des affaires de l’Insee, normalisé pour avoir une moyenne de 100 et un écart-type de 10. L’Insee confronte ces sources dans sa Note de conjoncture, publiée quatre fois par an (mars, juin, septembre et décembre).
Pour les concepts de chômage et les sources statistiques du marché du travail, voir Analyse économique de l’emploi et du marché du travail ; pour la correction des variations saisonnières, Désaisonnaliser une série temporelle.