Gestion actif-passif bancaire (ALM) : principes et pratiques essentiels
Objectifs pédagogiques
- Appréhender l’ALM comme l’outil stratégique de pilotage du bilan et du résultat
- Mesurer les risques structurels de taux et de liquidité
- Modéliser les éléments de bilan
- Intégrer dans son approche métier les attentes règlementaires concernant les risques ALM
Programme détaillé
La problématique ALM 4h
- Les rôles d’une banque
- Le bilan d’une banque
- Le compte de résultat
- L’analyse de la crise bancaire
- Les différents risques bancaires
Exemples et illustrations : lecture de la partie d’un rapport annuel présentant le bilan et le compte de résultat
La gestion du risque structurel de taux d’intérêt 5h
- L’origine du risque de taux d’intérêt
- Les concepts et indicateurs de mesure
- L’écoulement en taux : options implicites, remboursements anticipés
- Les outils de mesure du risque de taux
- Les exigences réglementaires en matière de risque de taux
Exemples et illustrations : lecture de la partie d’un rapport annuel présentant le risque de taux
TP Excel : calcul d’une impasse de taux, de la sensibilité d’une MNI, de la sensibilité de l’EVE
La gestion du risque de liquidité 4h
- L’origine du risque de liquidité
- Les mesures du risque de liquidité : statique, dynamique
- Les différents outils de la gestion du risque de liquidité
- La réglementation bancaire en termes de liquidité
Exemples et illustrations : calcul d’une impasse de liquidité, analyse de l’information donnée dans un rapport annuel
Les bonnes pratiques ALM 1h
- Les bonnes pratiques de gouvernance
- La notion de Taux de Cession Interne (TCI)
Exemples et illustrations : calcul de TCI
Public visé
Toute personne évoluant dans le domaine bancaire et souhaitant se perfectionner en gestion actif-passif : managers des fonctions ALM et Trésorerie, financiers et leurs collaborateurs, responsables commerciaux, personnels de contrôle interne, risk managers…
Prérequis
Culture financière / bancaire minimum. Une expérience pratique sur le sujet est recommandée, de même que la maîtrise d’Excel.
Approche pédagogique
Silicon Valley Bank, mars 2023 : anatomie d'une faillite d'ALM
Silicon Valley Bank n’a pas fait faillite à cause de crédits impayés. Elle a été fermée le 10 mars 2023, en moins de trois jours, sous l’effet combiné des deux risques structurels que pilote la gestion actif-passif : le risque de taux et le risque de liquidité.
Le risque de taux : des pertes invisibles au compte de résultat
Entre fin 2019 et fin 2021, les dépôts de SVB passent de 62 à 189 milliards de dollars, portés par l’afflux de capitaux vers les start-up. La banque en place une large part en titres à taux fixe de longue durée, classés pour l’essentiel en portefeuille « détenu jusqu’à l’échéance ». Fin 2022, après la hausse des taux de la Réserve fédérale, ce portefeuille vaut 76 milliards de dollars pour un coût amorti de 91 milliards : une moins-value latente d’environ 15 milliards, du même ordre que les fonds propres du groupe, mais qui n’apparaît pas au compte de résultat tant que les titres ne sont pas vendus.
C’est toute la différence entre les deux regards de l’ALM sur le risque de taux. La marge nette d’intérêts (MNI) mesure l’effet d’un choc sur les revenus des prochaines années, et se dégrade progressivement. La valeur économique des fonds propres (EVE) actualise tous les flux futurs : elle enregistre immédiatement la perte de valeur des actifs longs à taux fixe.
Le risque de liquidité : 94 % de dépôts non assurés
Le 8 mars 2023, SVB annonce la vente de 21 milliards de dollars de titres, avec une perte de 1,8 milliard après impôt, et une augmentation de capital. La perte latente devient réelle, et l’annonce déclenche la fuite des déposants : plus de 40 milliards de dollars de retraits le 9 mars, selon la Réserve fédérale, et plus de 100 milliards attendus pour le lendemain. Or 94 % des dépôts de SVB dépassaient le plafond de garantie de 250 000 dollars, contre 41 % en moyenne pour les banques comparables : des déposants concentrés, informés et peu protégés, donc prompts à partir ensemble. La revue publiée par la Fed le 28 avril 2023 détaille ces défaillances, dans la gestion des risques de la banque comme dans sa supervision.
Ce que mesure la réglementation européenne
Dans l’Union européenne, une banque doit signaler un « test des valeurs aberrantes » défavorable lorsque son EVE baisse de plus de 15 % de ses fonds propres de base (Tier 1) dans l’un des six scénarios de choc de taux prudentiels, ou lorsque sa MNI baisse sur un an de plus de 5 % du Tier 1 (règlement délégué 2024/856, en vigueur depuis le 14 mai 2024). Côté liquidité, le ratio de liquidité à court terme (LCR) est exigé à 100 % depuis le 1er janvier 2018, et le ratio de financement stable net (NSFR) depuis le 28 juin 2021. Aucun de ces ratios ne remplace pour autant le jugement sur la stabilité réelle des dépôts, qui reste au cœur du métier.