Conception d'enquête et élaboration de questionnaire
Objectifs pédagogiques
- Savoir mettre en place et réussir une enquête statistique
- Rédiger de façon adéquate un questionnaire d’enquête en minimisant les erreurs
Programme détaillé
Cette formation propose d’analyser les différentes phases nécessaires à la mise en place et à la réussite d’une enquête statistique. L’échantillonnage et les méthodes de redressement sont évoqués sans entrer dans le détail : les formations Sondages 1 et Sondages 2 de l’ENSAE-ENSAI Formation continue sont spécifiquement dédiées à ces sujets.
La phase de rédaction du questionnaire est détaillée ; les sources d’erreurs possibles sont abordées ainsi que les outils ou méthodes permettant de réduire ces erreurs. Une participation active des stagiaires est sollicitée. Les stagiaires peuvent venir avec un exemple de questionnaire en cours de rédaction qui pourra, selon le temps disponible, être travaillé en groupe.
La conception d’enquête 6h
- Identification et hiérarchisation des objectifs
- Mise en place d’une consultation
- Grandes lignes des enjeux juridiques (RGPD)
- Choix du champ et du mode de collecte
- Etablissement d’un calendrier
- Tests de l’enquête
- Informations des enquêtés
- Documents de collecte et suivi de collecte
- Aval statistique : redressements, apurements, imputations
- Analyse, diffusion des résultats et bilan de l’enquête
Le questionnaire 6h
- Enjeux et objectifs de la conception de questionnaire
- Qualité d’une enquête et erreurs de mesure
- Question et réponse : le cadre théorique
- Les bonnes pratiques de la conception : le contenue de la question
- Les bonnes pratiques de la conception : la rédaction de la question
- Les bonnes pratiques de la conception : la forme de la question
- Les bonnes pratiques de la conception : la clarté du cheminement
Applications : examen de questionnaires déjà conçus et utilisés, travaux pratiques à partir de projets de questionnaires exposés par les participants (qu’ils pourront envoyer par mail à l’intervenante avant le jour 2).
Public visé
La formation s’adresse à un public large : des personnes ayant peu d’expérience dans la réalisation d’enquêtes statistiques à des personnes ayant plus d’expérience mais souhaitant mettre en regard leur pratique avec ce qui est fait dans le cadre de grandes enquêtes.
Prérequis
Pas de prérequis particulier
Approche pédagogique
Calculés à partir de 39 avis recueillis depuis 07/12/2016, lors de 8 sessions de cette formation.
Questionnaire d'enquête : quand la formulation change les réponses
Deux questions qui semblent dire la même chose peuvent produire des résultats très différents. Ces écarts ne relèvent pas de l’anecdote : ils sont mesurés depuis les années 1940 par des expériences contrôlées, où l’on pose au hasard l’une ou l’autre version d’une question à deux moitiés d’un même échantillon.
« Interdire » ou « ne pas autoriser » ?
En 1941, le chercheur américain Donald Rugg demande à une moitié de son échantillon si les États-Unis devraient autoriser les discours publics contre la démocratie, et à l’autre moitié s’ils devraient les interdire. 62 % répondent qu’il ne faut pas les autoriser, mais seulement 46 % qu’il faut les interdire. Howard Schuman et Stanley Presser ont reproduit l’expérience dans les années 1970 avec des écarts du même ordre ; d’autres répliques, sur d’autres thèmes, ont donné des résultats plus contrastés. L’effet existe, mais son ampleur dépend du sujet : c’est précisément ce qu’un test préalable permet de repérer.
Les modalités de réponse sont une information
En 1985, le psychologue Norbert Schwarz et ses collègues interrogent des Allemands sur leur temps passé devant la télévision. Quand l’échelle proposée va de « jusqu’à une demi-heure » à « plus de deux heures et demie », 16 % déclarent dépasser deux heures et demie par jour ; quand elle commence à « jusqu’à deux heures et demie » et monte au-delà de quatre heures, ils sont 37 %. Faute d’avoir compté leurs heures, les répondants se servent de l’échelle comme d’un repère sur ce qui est « normal ». Les chiffres eux-mêmes jouent le même rôle : en 1991, une même échelle de réussite dans la vie, aux libellés d’extrémités identiques, ne donne pas les mêmes réponses selon qu’elle est graduée de 0 à 10 ou de −5 à +5.
Un cadre pour comprendre ces erreurs
Roger Tourangeau a proposé en 1984 un modèle en quatre étapes, développé en 2000 avec Lance Rips et Kenneth Rasinski dans The Psychology of Survey Response : le répondant comprend la question, recherche en mémoire les informations utiles, forme un jugement, puis le fait entrer dans les réponses proposées. Chaque étape a ses pièges : un terme ambigu fausse la compréhension, une période de référence trop longue rend le souvenir approximatif, la question précédente oriente le jugement, des modalités incomplètes forcent une réponse approchée. Ce modèle sert de grille aux tests de questionnaires, en particulier aux entretiens cognitifs, où quelques personnes commentent à voix haute leur façon de répondre.
Ces erreurs de mesure ne sont qu’une composante de l’erreur totale d’une enquête, à côté des erreurs d’échantillonnage et de non-réponse, auxquelles sont consacrées les formations Sondages 1 et Sondages 2.